"La Tresse" de Laetitia Colombani , Grasset

Dans le petit village de Bad­lapur en Inde, Smita, l’intouchable, est vouée au ramassage des excréments, une tâche abominable qui se transmet de mère en fille, à peine atteint l’âge de 6 ans. Devenue mère à son tour, elle veut autre chose pour sa jolie petite Lalita, à la chevelure si douce.

À Palerme, en Sicile, Giulia, 20 ans, travaille dans l’atelier de son père. Elle traite de vrais cheveux, les lave, les trie, les teint, pour en faire des perruques et des extensions. Le jour où son père est victime d’un accident de scooter, Giulia tombe sous le charme de Kamal, un Indien aperçu dans la rue.

À Montréal, au Canada, Sarah, sublime quadra, mène une brillante carrière d’avocate pour laquelle elle sacrifie quotidiennement ses trois enfants qu’elle élève seule, les hommes n’ayant jamais pu trouver de place durable dans son emploi du temps.

Lorsqu’on lui diagnostique un cancer du sein, elle pense pouvoir dissimuler sa maladie à ses associés, et ses clients. C’est compter sans l’ambition et la cruauté de ses pairs. Mais si la chute de ses cheveux est inévitable, la sienne, en tant que personne, l’est-elle également ?

On comprend vite le propos de ces trois parcours entremêlés. Qu’elle soit triomphante ou misérable, la condition de la femme n’est guère enviable a priori dans des sociétés qui, diversement, l’assignent à une place préétablie.

On est toutefois frappé par la capacité d’évocation de l’auteure, Laetita Colombani, dont La Tresse est le premier roman. 

On est frappé aussi par la capacité de résistance qu’elle prête à ses héroïnes, comme si les destins tracés par les conventions sociales pouvaient tous être transcendés par l’effet de la volonté. Et se convaincre de cela, de cette possible métamorphose, le temps d’un roman, c’est plutôt réjouissant.

extrait de l'artcile de La Croix de Stéphanie Janicot

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Source : La Croix de Stéphanie Janicot